|   |  | la bataille de Poitiers |
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La tension entre l'Angleterre et la France
à propos des possessions anglaises sur le continent
dure depuis le début du XIIième siècle.
Une première guerre de Cent Ans a eu lieu
qui a vu les rois de France arracher aux anglais la plupart de leurs territoires
(en particulier l'Anjou et la Normandie).
Les possessions anglaises se réduisent
en ce milieu de XIVième siècle à la Guyenne,
maigre reliquat de la grande Aquitaine de jadis.
Avec l'accession des Valois au trône de France
(au détriment du roi d'Angleterre Edouard III
par le bricolage juridique de la loi salique),
la tension s'est accrue.
Si Edouard III n'a pas les moyens de faire valoir ses droits par la force
face à une noblesse de France qui ne veut pas de lui,
il n'oublie pas de les rappeler chaque fois
que la question épineuse de la Guyenne est sur le tapis.
|  | | | La France après Bouvines |
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C'est l'escalade. De tentative de récupérer la Guyenne
en soutien aux écossais révoltés, Edouard III décide de franchir le pas :
il envoi un défi adressé à
« Philippe comte de Valois qui se dit roi de France »
et prend le titre de roi d'Angleterre et de France.
On commence, sans le savoir, une guerre qui durera cent ans !
La modernité de l'armée anglaise (artillerie, archers et troupes régulières)
fait merveille face à l'archaïsme de l'ost française.
Les désastres français s'accumulent :
Crécy, l'Ecluse,
perte de Calais...
A cela viennent s'ajouter les méfaits de Charles le Mauvais,
le roi de Navarre jadis lui aussi prétendant malheureux à la succession de France,
et la terrible épidémie de Peste Noire.
Cependant, quand Jean II monte sur le trône,
le royaume n'est toujours pas entamé territorialement (à part Calais bien sur)
malgrè de très sévères revers.
 | Le règne d'Edouard III est interminable
(il regnera 50 ans!) et son fils (qui lui ne regnera jamais)
fait ses premier pas de gouvernant en Aquitaine
d'où il mène des campagnes de pillage (les "chevauchées") à travers la France.
Prénommé lui aussi Edouard, titulaire du titre de Prince de Galles,
il est appelé « le Prince Noir" »
à cause de la couleur de son armure.
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En cet an de grâce 1356, le Prince Noir lance une nouvelle chevauchée
qui part piller le Berry, la Touraine et le Limousin
avec une troupe de 6000 hommes environ.
Le roi de France décide de frapper fort et convoque toute son armée
(il s'agit encore de l'ost féodale des vassaux
qui viennent avec leurs propres vassaux et ainsi de suite...
bref une armée prestigieuse,
mais dont la plus grande faiblesse est qu'elle ne s'est pas encore rendu compte
qu'elle appartenait à un temps révolu).
Le rassemblement à lieu à Chartres.
Jean II donne l'ordre de garder tous les passages de la Loire
puis se lance à la poursuite de l'héritier de la couronne d'Angleterre.
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Le Prince Noir est aux abois.
Il tente une retraite vers la Guyenne,
mais pour une fois la troupe la plus nombreuse rattrape la moins nombreuse
et les anglais voient leur route coupée près de Poitiers.
Le 17 septembre ont lieu les premiers contacts belliqueux.
Le roi de France veut en découdre en position de force
pour faire passer l'envie aux anglais de venir ravager les terres françaises,
la bataille est inévitable.
| Coté anglais, le commandement est celui de l'expédition :
 | le Prince de Galles, héritier de la couronne d'Angleterre, qui commande l'armée.
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| Coté français, tous les mâles du lignage du roi sont là :
 | Le roi de France Jean II qui commande l'armée.
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 | Le dauphin Charles, futur roi de France Charles V.
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 | Le prince Philippe, futur duc de Bourgogne Philippe le Hardi.
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 | Les armées se font face le dimanche 18 septembre.
Le cardinal Hélie de Talleyrand Périgord, légat du Pape,
réussit à imposer la trêve dominicale.
Il met ce délai à profit pour tenter d'amener les deux partis à traiter sans combattre.
Le Prince Noir a sa route de retraite coupée et son armée numériquement très inférieure.
Il accepte de libérer les prisonniers, rendre les places prises les 2 derniers mois
et concède une trève de 7 ans... ce qui ne lui fait pas perdre grand chose :
les dévastations qu'il a causée lors de sa chevauchée
et la ruine qu'elles occasionnent à la France sont bien suffisantes
pour rentabiliser l'expédition.
Il sauverait ainsi à bon compte l'Aquitaine, ses hommes et sa personne.
Pour le roi de France, c'est une autre affaire.
Nargué à plusieurs reprises par les pillards anglais,
il est confronté dans son royaume à l'hostilité du parti navarrais
et des bourgeois de Paris d'Etienne Marcel.
Pour contrer la chevauchée, il a levé un nouvel impôt pour payer sa grande armée,
et le contribuable ne manquera pas de lui reprocher, au prochain impôt,
d'avoir dépensé le dernier dans une armée qui n'a même pas servi.
Laisser partir l'anglais alors qu'il l'a à sa merci
serait interprété comme un grave signe de faiblesse
par tout ce que le roi Valois compte comme ennemis intérieurs et extérieurs.
On juge peut être injustement Jean le Bon
sur sa décision d'engager le combat car on sait (et pas lui) qu'il le perdra.
A mon avis (celà n'engage que moi),
l'erreur tactique n'est pas d'avoir engagé le combat,
elle est de ne pas avoir su moderniser son armée,
et plus encore de s'être inconsidérément exposé en personne.
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Bref, Jean II le Bon ne veut pas de trêve sans combat.
Les attermoiements du cardinal de Périgord n'y changeront rien :
au matin du lundi 19 septembre, les armées sont prêtes à la bataille.
La suite est un vrai desastre.
Le roi selectionne (on se bouscule pour en faire partie) la fine fleur de sa chevalerie
qui a pour mission une charge héroïque pour réduire au silence les redoutables archers anglais.
Inutile de préciser que ces braves vont au suicide...
Quand les anglais tentent une sortie, cette élite charge et se fait décimer.
Le roi Jean vient de perdre l'élite de son armée en quelques minutes.
Le gros de l'armée s'ébranle ensuite, mais l'absence de commandement organisé
rend chaotique et strategiquement inefficace cette cohue féodale.
Jean le bon s'avise soudain que tout ses descendants males sont sur le terrain
de cette bataille qui tourne au vinaigre.
Il fait mettre à l'abri les trois ainés,
ce qui montre bien à tous les doutes qu'il commence à avoir sur la victoire.
C'est le début de la fin. L'armée de France se débande de tout cotés.
Le roi reste là, tenant obstinément le terrain,
entouré de quelques fidèles qui tombent les uns après les autres.
Entouré de toute part, il n'a bientôt plus près de lui que son jeune fils Philippe
(futur duc de Bourgogne Philippe le hardi)
qui tente desespérement d'assister son père en le prevenant des assauts :
« Père gardez vous à gauche! Père gardez vous à droite! ».
Jean II le bon se rend finalement au maréchal de Warwick.
L'armée française n'existe plus et le roi est prisonnier.
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La catastrophe qui vient de se jouer est multiple :
- La première catastrophe qui vient à l'esprit, c'est la défaite militaire.
La France avait cependant subit plusieurs défaites (Crécy, l'Ecluse)
dans les années qui précède sans pour autant provoquer l'effondrement du royaume.
- Le second point est le coup porté à la force militaire française.
D'une part l'élite a bêtement été sacrifiée dès le début de la bataille
et fera par la suite cruellement défaut, mais aussi le reste de l'armée
s'est deshonoré et a perdu toute crédibilité dans sa fuite.
- Là n'est malheureusement pas le pire. Le pire, c'est la capture du roi.
Les conséquences ne se font pas attendre bien longtemps :
- La chevalerie est ridiculisée et décredibilisée.
On reprochera bien vite leur couardise aux nobles,
et la Jacquerie leur fera payer au prix fort cette mauvaise presse.
Les bourgeois de Paris d'Etienne Marcel y trouveront aussi
matière à appuyer leurs revendications, et la monarchie vacillera dangereusement.
- Le pire arrive ensuite avec le reglement de la rançon du roi.
Il aboutit au calamiteux traité de Bretigny
où le pays paie très cher (monetairement et territorialement)
le temperament chevaleresque de son souverain.
Au milieu de tous ces desastres, une seule consolation pour les Valois...
Inexorablement entrainés par leur victoire glorieuse, les anglais
(le Prince Noir, puis Edouard III)
se retrouvent pris au piège : ils se retrouvent obligés de traiter leur
prestigieux prisonnier avec les égards dus au roi de France, reconnaissant ainsi
sa légitimité.
Le temps du « comte de Valois qui se dit roi de France » est révolu.
C'est la seule victoire française de cette bataille :
une importante victoire de politique politicienne, au prix d'un désastre
humain, militaire, territorial et économique.
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