|   |  | Philippe le Bel Philippe IVRoi de France et de Navarre |
|
| |
 |
 |
 |
Saint Louis a connu le jeune Philippe alors qu'il était bébé.
Il est peu probable que le futur roi de fer en aie gardé le souvenir,
mais il vouera une profonde admiration à son aieul, dont il obtiendra la canonisation.
Saint Louis décide de repartir en Croisade, avec son fils le prince Philippe (futur Philippe III et père de Philippe le Bel).
Il n'ira pas plus loin que Tunis où il mourra de la peste.
|  |
| 1271 à 1295 : Marco Polo visite la Chine sous domination mongole du khan Qoubilaï. |
Philippe III succède à Saint Louis. Son règne est marqué par de nombreuses démêlées
avec l'Aragon à propos du passage de la Navarre dans la mouvance
française.
 | | 28 avril 1282 : Vêpres Siciliennes. A Palerme, tous les Français (angevins) sont massacrés, à l'instigation de Pierre III d'Aragon. |
| 1285 : Guerre contre l'Aragon. |
|
Philippe le Bel est le premier roi à régner sur la France
et la Navarre (couronne qu'il tient par sa femme la reine Jeanne).
| vers 1300 : Dans les Andes, les Incas s'installent près de Cuzco. |
| vers 1300 : En Amerique centrale, les Aztèques arrivent dans la vallée de Mexico. |
A son avènement, le jeune Philippe
le Bel reçoit du Grand Khan des mongols un éléphant
et des propositions alléchantes : réaliser le vieux rêve
mongol, c'est-à-dire écraser le monde arabe en le prenant
en tenaille entre les mongols à l'est et les croisés à
l'ouest. Mais Philippe le Bel n'est pas Saint Louis
et il restera toujours sourd aux chimères de la Terre Sainte préférant
rester en France s'occuper de ses états.
|  |
| 1290 : Osman Ier fonde l'empire ottoman. |
| 1290 : Les Juifs sont chassés d'Angleterre. |
| 18 mai 1291 : Chute d'Acre : fin de deux siècles de présence franque en Orient. |
L'œuvre administrative de Philippe le Bel est colossale. Il réforme
la justice et met en place une administration efficace
et très centralisatrice. Il s'entoure de légistes (les «
chevaliers ès-loi ») souvent issus du Tiers Etat et choisis
pour leurs compétences et non pour leur naissance (au grand dam
des grands féodaux !) tel son ministre Enguerrand de Marigny (né
roturier).
 |
 |
Philippe le Bel a une conception de l'Etat qui dénie toute
autorité au Pape et à l'Eglise sur la France. Dans ce sens,
il limite les pouvoirs de l'Inquisition. La lutte est ouverte avec le Saint
Siège : tandis que Boniface VIII (fervent partisan de « l’Imperium
Mundi », doctrine qui voit le Pape comme « empereur du monde »
et roi des rois) fulmine les excommunications et les interdits, Philippe
le Bel institue les Etats du Royaume (ancêtres des Etats Généraux)
et s'appuie sur les trois ordres contre le pape. Le fait est important
car non seulement c'est la première fois que l'on demande son avis
au Tiers Etat, mais surtout le roi n'est plus uniquement un souverain sacré
de droit divin, il l'est aussi car telle est la volonté du peuple
représenté par les trois ordres. Certains historiens voient
dans cet événement la véritable naissance de la France.
A la fin du conflit, les envoyés du roi de France (conduits par
le garde des sceaux Guillaume de Nogaret) participent à la prise
d'assaut du palais d'été du Pape à Anagni avec pour
mission de signifier au Pape son inculpation pour hérésie,
voire de l'enlever (quand on est «roi très chrétien»
de «la fille aînée de l'Eglise», en plein Moyen Age,
il faut oser !). Le pontife est capturé et, dit-on, giflé
sur le trône de Saint Pierre.
| 7 septembre 1303 : «Attentat d'Anagni» contre le Pape Boniface VIII. |
Le cœur du vieux pape Boniface VIIIn'y résistera pas, il meurt quelques semaines après. La Papauté
quitte Rome et vient s'installer à Avignon (avec une garnison française
à côté pour la surveiller). Plus jamais les Papes
ne prétendront régner sur l'Occident.
|  |
Philippe le Bel impose de plus son autorité aux grands vassaux.
Il interdit les guerres privées, limite le droit de justice et
interdit aux seigneurs de battre monnaie. Il affranchit les serfs du
domaine royal et donne le droit à tous les serfs de France de
se racheter. Il crée de plus la « bourgeoisie du roi »,
qui est un droit permettant à toute personne du royaume de se libérer
de la tutelle d'un seigneur ou d'une ville pour devenir sujet direct du
roi ; c'est le premier pas vers la citoyenneté moderne.
Le roi favorise le peuple pour mieux affaiblir les grands seigneurs.
Ses principales démélées auront lieu avec les flamands
(partagés entre leur inclusion historique et féodale dans
la France et leur survie économique, avec l'Angleterre comme principal
partenaire commercial) contre lesquels il mène plusieurs guerres
: défaite de Courtray et victoire Mons-enPévèle. Il
préfère cependant la négociation à la guerre
: s'il mobilise souvent pour faire une démonstration de force et d’autorité,
il n'engage pratiquement jamais de bataille, hasardeuses et coûteuses
en vies humaines, et préfère négocier en position de
force.
| 1297 : Première campagne de Philippe le bel contre le comte de Flandres qui s'est allié au roi d'Angleterre. |
| 11 juillet 1302 : Désastre de Courtray face aux milices flammandes. |
| 10 août 1304 : Victoire de Mons-en-Pévèle sur les Flammands. |
| 23 juin 1305 : Traité de paix d'Athis-sur-Orge avec les Flammands. |
Cette politique et ces réformes coûtent cependant très
cher. Pour ce roi, qui se veut implacable et pour qui tout doit ployer
devant l'autorité royale, « la fin justifie les moyens ».
Pour financer les buts (souvent louables) de sa politique, il n'hésite
pas à recourir à des moyens qui frapperont la conscience
populaire et terniront son image dans l'Histoire :
- spoliation de certaines minorités
: principalement les juifs et les banquiers lombards. Ces exactions
sont cependant malheureusement ordinaires dans ce temps, et ces minorités
seront encore bien plus malmenées sous les premiers Valois.
| 25 mars 1306 : Robert Bruce est couronné secrètement roi d'Ecosse. |
| 1306 : Arrestation et saisie des biens des juifs. Ils sont chassés de France. |
- manipulations de la monnaie, qui
lui valent le surnom de « faux-monnayeur » : L'altération
des monnaies vient du fait que la « monnaie de compte » du
Moyen Age est la livre tournoi qui n'a pas d'existence matérielle
(il n'existe pas de pièces en livre tournoi) et du fait du bimétalisme
(or et argent) du système monnétaire français. Les
variations relatives de la livre et du prix des deux métaux (différents
de la valeur "nominale" des pièces) entraîne la spéculation
sur les métaux précieux et amène à la pénurie
d'or et d'argent. A cela s'ajoute une crise qui découle en réalité
des mutations économique du temps : l'économie n'est plus
régionale ou même nationale, elle devient européenne
et méditerranéenne (une sorte de mini-mondialisation). Ces
phénomènes ne sont pas compris par l'homme de la rue qui attribue
tous les torts au roi qui "falsifie" la monnaie de compte. Ces manœuvres
suscitent ainsi des émeutes qui sont impitoyablement réprimées
dans le sang.
 |
- procès des Templiers :
Les Templiers étaient à la base l'un des trois ordres de
moines soldats chargés de protéger les pélerins et
leurs biens en Terre Sainte. Ne dépendant que du Pape, ils acquièrent
par dons (c'était la bonne œuvre de l'époque) des propriétés
(les commanderies) dans toute l'Europe, et en particulier en France. Avec
la disparition des royaumes francs de Terre Sainte, ils perdent leur raison
d'être et, à cause de leur énorme richesse, deviennent
les principaux banquiers de la Chrétienté en général
et du roi de France en particulier. Le commandement de l'ordre est à
Paris, au Temple. Philippe le Bel, qui ne peut tolérer la présence
d'une armée d'élite ne dépendant que du Pape sur le
sol français, décide d'abattre cet Etat dans l'Etat, tout
en faisant disparaître le principal créancier du Trésor
Royal. Il monte une formidable opération de police qui lui permet
de cueillir un beau matin au pied du lit presque tous les Templiers de France
et de Navarre.
|
Il leur fait un procès ignominieux pour hérésie
et sorcellerie qui s'étale sur 7 ans (de 1307 à 1314).
| novembre 1309 : Début du procès des Templiers. |
A force de pression, il obtient du nouveau pape d'Avignon la dissolution
de l'ordre, dont les biens sont remis aux Hospitaliers.
| 3 avril 1312 : Suppression de l'ordre des Templiers par le pape Clément V dans la bulle "Vox in excelso". |
| 1312 à 1337 : Kankan (ou Mansa) Moussa est roi musulman du Mali. |
| 24 juin 1314 : Les écossais révoltés de Robert Bruce battent les anglais à Bannockburn. |
Ces épisodes tragiques sont ceux que l'imagerie populaire retient
le plus souvent, faisant de Philippe le Bel un roi cruel, orgueilleux
et cupide, qui fut effectivement craint et peu aimé de son vivant.
Elle oublie peut être un peu vite que c'est ce même roi a gagné
l'indépendance de la France vis-à-vis de la Papauté,
qui a donné aux serfs accès à la liberté,
qui a donné pour la première fois la parole au peuple (Etats Généraux
et grands officiers issus de la roture), qui a amené
les grands vassaux à l'obéissance (il faudra attendre Louis XIV pour que çà se reproduise !), qui a doté
le pays de l'administration (financière et judiciaire) la plus moderne
et la plus efficace de ce temps et qui a assuré à la France
une paix relative pendant son long règne. La morale de cette histoire
(s'il y a une morale dans l'Histoire) est qu'il n'est pas nécessaire
d'être cruel et méchant pour perpétrer des actions
répréhensibles.
Philippe le Bel est totalement méconnu en tant qu'homme tant il
s'employa à donner de lui une image abstraite de roi inaccessible
aux sentiments du commun des mortels. L'évêque de Pamiers,
Bernard de Saisset, dira de lui : « il a beau être le plus
bel homme du monde, il ne sait que regarder les gens sans rien dire. Ce
n'est ni un homme, ni une bête, c'est une statue ». Cet homme
prétendument insensible ne se remariera pourtant jamais après
la mort de sa femme, alors que le mariage était le moyen le plus
répandu d'accroître ses territoires.
A la fin de la vie de Philippe le Bel,
la succession du roi de fer ne semble poser aucun problème : il a
trois fils adultes (Louis le roi de Navarre, Philippe le comte de Poitiers
et Charles le comte de la Marche), bien plus que nécessaire pour
assurer la pérennité d'une dynastie. Il a aussi une fille,
Isabelle la Louve de France (Sophie Marceau dans « Braveheart »),
qui est mariée au faible roi d'Angleterre Edouard II.
 | Malheureusement, Marguerite et Blanche de Bourgogne (respectivement femmes de Louis et CharlesIV) sont convaincues
d'adultère auprès de deux écuyers, avec la complicité
probable de Jeanne de Bourgogne (femme de Philippe).
| 1311 ou 1312 : Marguerite et Blanche de Bourgogne prennent les frères d'Aunay pour amants. |
Philippe le Bel, qui attend des membres de la famille royale une
conduite irréprochable et qui refuse qu'une princesse soit traitée
avec plus d'indulgence qu'une paysanne, n'étouffe pas l'affaire et
fait au contraire un procès retentissant.
|
Au jugement de Maubuisson, il condamne Marguerite et Blanche à
l'emprisonnement dans un cachot de la sinistre forteresse de Château Gaillard (près des Andelys), et Jeanne à une réclusion moins
dure au donjon de Dourdan.
|  |
 | Ce jugement aura des conséquences
graves car d'une part, leurs femmes étant emprisonnées, les
princes n'ont pas de nouveaux enfants, et d'autre part Jeanne, la fille de
Louis de Navarre
et Marguerite, est suspectée d'illégitimité.
Jeanne de Bourgogne pourra se justifier, reviendra en grâce et sera reine
de France. Marguerite mourra en prison, et Blanche après dix ans
de cachot finira ses jours dans un couvent.
|
En moins d'un an, le garde de sceaux Guillaume de Nogaret (qui a instruit
le procès des Templiers), le pape Clément V (qui a dissous
l'ordre) et le roi Philippe le Bel sont morts. Le Grand-Maître des Templiers
(Jacques de Molay) a-t-il réellement jeté une malédiction
du haut de son bûcher à l'encontre de ses trois bourreaux?
Ou plus simplement ces morts rapprochées ont-elles frappé
les esprits et suscité une légende ? Toujours est-il que le
mauvais sort semblera désormais s'acharner sur la famille régnante
et la France, donnant aux successeurs de Philippe le Bel le surnom de « rois maudits ».
| 1313 : Mort du garde des sceaux Guillaume de Nogaret. |
A la mort de Philippe le Bel, la petite monarchie capetienne est
devenue une grande dynastie, qui dirige de manière incontestable
le pays le plus riche, le plus peuplé, le mieux organisé
et le plus prestigieux de l'Europe. Le roi laisse trois fils, bien plus
que nécessaire pour assurer sa succession. La France apparaît
inattaquable.
Et pourtant… L'époque tant décriée de ce roi
apparaîtra comme à un âge d'or aux générations
suivantes qui, après les Rois Maudits, auront à
endurer les malheurs de la seconde guerre de Cent Ans.
| © 2000-2013 : N. HIS - Site HIStoire [ Dernière mise à jour : 21 mai 2013 ] |
| |