Charlemagne visite l'école de son palais
quelque part entre 768 et 814
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Le contexte Le contexte
L'anecdote L'anecdote
Est-elle authentique? Est-elle authentique?
Que nous apprend-elle? Que nous apprend-elle?
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Le contexte
Haut de pagepas de paragraphe précédentL'anecdote

Charlemagne, en plus d'être une force de la nature, est un homme intelligent et avide de se cultiver. Il comprend quatre langues (la langue de Neustrie qui est l'ancêtre du français, la langue d'Austrasie qui est l'ancêtre de l'allemand, le grec des byzantins et le latin de l'Eglise). Soucieux de théologie mais aussi de sciences et de lettres, il fait beaucoup pour soutenir et diffuser la culture dans son empire.

Les territoires de Charlemagne se couvrent de bâtiments, le plus souvent religieux, dont il ne subsiste hélas que très peu de témoignages de nos jours. Face à la décadence de l'écriture (la calligraphie romaine dégénere dans bien des régions en un gribouillis illisible qui entrave la perrénité de la connaissance), l'impulsion est donnée qui débouche sur un nouveau standard : la cursive caroline. Le palais de Charlemagne a Aix-la-Chapelle abrite des lettrés qui constituent à sa cour un vivier d'érudit que l'empereur aime à cotoyer.

On a donné à ce renouveau (par rapport à la stagnation voire au recul culturel de la période mérovingienne) le nom de Renaissance carolingienne.

Charlemagne
L'anecdote
Haut de pageLe contexteEst-elle authentique?
Charlemagne visite l'école de son palais - Gravure extraite d'un manuel scolaire de 1968
Charlemagne visite l'école de son palais - Gravure extraite d'un manuel scolaire de 1968

Un jour, Charlemagne décide d'inspecter l'école qui est dans son palais. Il demande au maître de départager les élèves appliqués des cancres. Du côté des bons élèves, on trouve les enfants issus de familles pauvres ; du côté des mauvais élèves, ce sont les enfants des familles riches.

Se tournant avec bienveillance vers les enfants pauvres et studieux, il les félicite et leur assure que s'ils continuent dans cette voie vertueuse, il leur confiera des charges dans son administration pour les récompenser.

Se tournant ensuite vers les jeunes « fils à papa », il se met en colère et les prévient que s'ils continuent sur les chemins de la paresse et de l'ignorance, ils n'obtiendront rien de lui.

Est-elle authentique?
Haut de pageL'anecdoteQue nous apprend-elle?

A priori, absolument pas, ou du moins pas sous la forme suggérée dans les manuels scolaires.

Après les recherches que j'ai tenté sur le sujet (si je suis dans l'erreur, qu'on veuille bien me détromper), il semblerait que les écoles de Charlemagne (préfigurations des écoles publiques obligatoires de la fin du XIXième siècle) soient un mythe. L'empereur encourageait la culture, soit, mais il n'avait pas les moyens logistiques et financiers d'organiser une éducation nationale. Il semblerait donc que les écoles (au sens moderne du terme) où petits pauvres et petits riches auraient été user ensemble leurs fonds de culotte sur les mêmes bancs soient une plaisante mais mensongère invention et n'aie pas plus existé dans le palais de l'empereur qu'ailleurs dans l'empire...

...et si ces écoles n'existaient pas, l'empereur n'a pas pu les inspecter.

En revanche, j'ai retrouvé traces d'un ordre de Charlemagne imposant la création d'une école d'enseignement du latin (le latin, langue de l'Eglise, est la langue internationale de l'époque en Europe - c'était l'anglais de l'époque) dans chaque évêché, celle d'Aix étant implantée dans le palais. Une telle école était bien entendu une école "de haut niveau" (une sorte d'université avant la lettre) et pas une école de quartier où se rendaient toutes les petits enfants. Peut être l'anecdote se situe-elle dans une telle école... ce qui donne une portée beaucoup plus réduite à l'histoire : les élèves "pauvres" ne devaient pas être si pauvres que çà pour pouvoir suivre de telles études. On est loin de l'éducation pour tous, de la récompense des seules qualités individuelles et de l'égalité des chances que suggère l'anecdote traditionnelle !

Que nous apprend-elle?
Haut de pageEst-elle authentique?Pourquoi est-elle célèbre?

Cette anecdote utilise quand même quelques éléments cohérents avec la personnalité et le mode de gouvernement de Charlemagne, c'est l'occasion de les souligner :

Un homme soucieux de son éducation  : Charlemagne, même s'il n'a pas inventé l'école, est soucieux de la culture et de l'instruction. J'ai déjà parlé de la Renaissance carolingienne et des écoles d'enseignement du latin. S'estimant lui même pas assez instruit, il n'hésitera pas à se faire donner des leçons en divers domaines, comme un simple écolier. N'ayant pas appris à écrire dans son enfance, il s'y emploiera avec application à l'âge adulte... mais malgrè beaucoup d'efforts ne parviendra jamais à tracer les lettres avec aisance.

Un empereur voulant être bien entouré : La volonté de vouloir des hommes appliqués et compétents à son service correspond bien à la pensée de Charlemagne. Sous son administration, les comtes et les ducs ne sont encore que de simples fonctionnaires : il les nomme pour leur compétence, et il peut les révoquer tout aussi simplement... et leur charge n'est absoluement pas héréditaire. Par la suite, ses successeurs laisseront ces hauts fonctionnaires s'approprier les prérogatives du pouvoir et les juridictions ; pour l'heure, Charlemagne est le seul maître et il accorde les charges à des administrateurs qu'il estime compétent, pas nécessairement au fils du précédent duc ou comte...

Rien ne vaut une bonne petite inspection : S'il n'a pas joué les inspecteurs d'école, Charlemagne ne dédaignait pas contrôler par lui même la bonne marche de ses domaines aux mains des administrateurs qu'il y avait placé. Pour l'aider dans cette tâche de contrôle, il avait même créé un corps d'inspecteurs qui sillonnaient l'empire pour s'assurer de la fidélité et de l'intégrité des comtes et des ducs. Ces inspecteurs étaient les missi dominici (les envoyés du maître). Ils allaient toujours par deux : un clerc et un laïc. N'idéalisons pas ce système : il devait y avoir parmi les comtes, les ducs et même les missi dominici des malhonnêtes qui abusaient de leur pouvoir. Cependant, on observe là une organisation avec contrôle qui devait permettre d'éviter certains abus et qui est tout de même bien mieux que l'arbitraire complet qui se mettra en place avec la féodalité.

Pourquoi est-elle célèbre?
Haut de pageQue nous apprend-elle?pas de paragraphe suivant

La mise sur un piédestal de cette anecdote par les manuels scolaires de l'école publique relève naturellement plus de la leçon de bonne morale que du souci de relater les évenements historiques de première importance. Le message est clair : petits français, soyez studieux et appliqués à l'école et vous participerez à la grandeur du pays ! On touche complètement ici l'esprit des manuels scolaire de la IIIième République : la nouvelle école publique laïque et obligatoire se doit de forger des petits français rompus aux bonnes vertues de l'application, de l'obéissance et du patriotisme, en leur donnant comme modèles des héros historiques nationaux exemplaires (ou présentés comme tels) auxquels ils pourront s'identifier et dont ils pourront suivre les édifiantes leçons de vie.

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