l'avenement d'Hugues Capet
1er juin 987
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le contexte
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Haut de pagele contexteAdalbéron, archevêque de Reims

Depuis près d'un siècle, la famille d'Hugues Capet (les Robertiens) dispute la couronne de France aux prestigieux Carolingiens. Son grand oncle Eudes, son grand père Robert et son oncle Raoul ont déjà été rois de France.

Il y a donc des précédents, mais la dynastie qui apparait la plus légitime reste cependant celle des Carolingiens. Le couronnement du premier roi robertien n'a pas entrainé de changement définitif de dynastie comme lorsque Pépin le bref avait détroné le dernier mérovingien. Depuis un siècle, on oscille d'une famille à l'autre... les robertiens étant de fait les plus puissants mais les carolingiens restant les plus légitimes dans une Europe occidentale sous domination des descandants de Charlemagne.

Adalbéron, archevêque de Reims
Haut de pageRobertiens contre CarolingiensLe bras de fer final

Face au chaos de l'Europe d'après Verdun, l'Eglise rêve toujours de la restauration de l'unité européenne, et donc de l'Empire, qui apporterait paix et stabilité au vieux continent. Pour y parvenir, elle estime que deux conditions doivent être remplies :

  • un seul Carolingien couronné en Europe pour éviter les luttes successorales à l'Empire.
  • une France affaiblie par les conflits internes, et donc proie facile pour l'Empire qui pourra la reconquérir.

L'Eglise les synthétise en une ligne de conduite :

Depuis le traité de Verdun, elle s'y emploie, favorisant la rivalité entre Carolingiens et Robertiens.

La tête de file de cette pensée est l'archevêque de Reims Adalbéron, efficacement secondé par le moine Gerbert (futur pape de l'an mil sous le nom de Sylvestre II). Suivant les époques, ce dessein d'unification de l'Europe sous une même autorité sera qualifié de «recherche de l'unité impériale», «haute trahison» ou «construction européenne». Ne jugeons pas Adalbéron avec nos mentalités du XXIième siècle : même s'il peut nous sembler au premier abord trahir son pays et le mettant à la merci de l'étranger, ce qu'il cherche en fait, c'est rétablir l'unité de ce qu'il considère comme son vrai pays : l'Empire. Il court après le rêve de la Pax Romana et de l'Empire de Charlemagne.

Le bras de fer final
Haut de pageAdalbéron, archevêque de Reimsles conséquences
 983 1 : Mort de l'empereur Otton II. La couronne impériale échoit à un enfant de 3 ans, Otton III.

Le roi Lothaire y voit sa chance de capter la couronne impériale. Il entame des pourparlers avec le duc de Bavière.

La nouvelle de cette alliance, et d'une prochaine et nième guerre européenne, alarme Adalbéron et Gerbert. Ils décident de passer à l'action et contactent le puissant duc Hugues pour lui proposer leur soutien dans la conquête du trône.

Hugues Capet temporise et ne se mouille pas. Le roi Lothaire apprend les manoeuvres de l'archevêque, et tente sans succès de le faire déposer.

 2 mars 986 2 : Le roi Lothaire se tue accidentellement en tombant de cheval à Compiègne. Avenement de son fils Louis V.

Son fils, le jeune Louis V (associé par Lothaire à la couronne, il ne rencontre pas de difficultés lors de son accession au trône) met le siège devant Reims. Adalbéron s'en tire avec la promesse de comparaître à Compiègne devant un juri des Grands le 18 mai 987.

 21 mai 987 3 : Louis V meurt dans un accident de chasse près de Compiègne.

On sait fort peu de choses sur ce singulier accident qui tombe à pic pour arranger la fortune de pas mal de gens... (l'archevêque Adalbéron, le duc Hugues et le parti de l'empereur mineur Otton III). Toujours est-il qu'il retourne la situation.

Hugues Capet fait disculper Adalbéron qui prend ensuite la direction des opérations. Il obtient l'écartement de Charles de Lorraine (oncle de Louis V) et fait décider que la monarchie sera élective. Tout s'enchaîne ensuite :

 1er juin 987 4 : Hugues Capet est élu roi de France. Fin des Carolingiens et début des Capétiens.
 3 juillet 987 5 : Hugues Capet est sacré à Reims par l'archeveque Adalberon.

Adalbéron triomphe : bientôt Otton III sera majeur, il pourra, du haut de sa majesté carolingienne, sans problème écarter le roitelet Robertien, annexer la France... et l'unité européenne sera faite. Loin de construire l'Europe, le malheureux archevêque vient de mettre, pour huit siècles, sur le trône de France la dynastie la plus nationaliste, autonomiste et anti-européenne de notre histoire.

les conséquences
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Sitôt couronné, Hugues Capet demanda à ce que son fils Robert soit associé à la couronne. Adalbéron, qui ne voulait pas d'une nouvelle dynastie, mais au contraire un roi précaire car juste élu, refusa. Hugues insista, déclarant que comme il était sur le point de partir aider le duc de Barcelone (contre les Sarrasins), le royaume serait à la merci de Charles de Lorraine. La crainte du retour du Carolingien sur le trône emporta sans doute la décision de l'archevêque qui se laissa flechir.

 25 decembre 987 6 : Robert II est couronné roi de France par son père Hugues Capet à Orléans.

... et Hugues ne se donna même pas la peine de partir réellement aider le duc de Barcelone.

Adalbéron mourra trop tôt (en janvier 989) pour voir le naufrage de sa vision politique. Les rois Hugues et Robert II prennent le plus de distance possible avec l'Empire et le Saint-Siège (récusant l'autorité du pape sur l'Eglise de France et lui substituant celle du «Concile des Gaules», le concile des évêques de France). L'emiettement féodal atteint son paroxisme, ruinant au passage l'héritage territorial d'Hugues le Grand.

L'avenement d'Hugues Capet n'a donc pas du sembler sur le moment un changement radical (d'autres membres de sa famille avaient coiffé la couronne sans rendre impossible le retour des Carolingiens). On n'imagine alors peut être pas que cette fois les descendants de Charlemagne sont définitivement hors circuit de ce coté ci du Rhin...

Le règne d'HuguesCapet n'a pas vraiment d'importance en tant que tel. L'important, c'est l'avenement de la nouvelle dynastie, et ce que cela implique pour la France : les capétiens n'ont aucune attache dynastique du coté de l'Empire, ils vont donc définitivement faire sortir la France des guerres pour la course au pouvoir impérial. Le pays aura desormais son propre destin, comme nation autonome et plus comme composante d'un empire. Le rêve de l'Empire chrétien d'occident est définitivement mort.

Sources des dates citées dans cette page :
 - 1 (983) : d'après "le Monde au Moyen Age" de B. Merdrignac et P. Mérienne p 37
 - 2 (2 mars 986) : d'après "l'histoire chronologique et généalogique de la maison royale de France" du père Anselme de Sainte Marie tome I, p 37
 - 3 (21 mai 987) : d'après "l'histoire chronologique et généalogique de la maison royale de France" du père Anselme de Sainte Marie tome I, p 38
 - 4 (1er juin 987) : d'après "Histoire de la France et des Français au jour le jour" d'A. Castelot et A. Decaux section 954-987
 - 5 (3 juillet 987) : d'après "l'histoire chronologique et généalogique de la maison royale de France" du père Anselme de Sainte Marie tome I, p 69
 - 6 (25 decembre 987) : d'après "le journal de la France" des Librairies Jules Tallendier tome I, p 426
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