la croisade contre les Albigeois
Limites de la période
Début : vers 1160 = Le catharisme s'implante solidement dans le Languedoc
Fin : 1321 = Le dernier Parfait cathare, Guilhem Bélibaste, est brûlé au château de Villerouge-Termenès
Résumé
L'héresie cathare, doctrine aux origines orientales, se développe à partir de l'an 1000 et s'implante profondément dans le Midi de la France à partir de 1160 (en particulier en Albi, d'où le nom d'Albigeois donné aux Cathares). Elle y est soutenue par certains seigneurs. L'Eglise tente d'abord de convertir les hérétiques (Saint Bernard) mais echoue. Les pressions sur les seigneurs ne donnent rien. Quand un de ses légats est assassiné, le Pape saisit l'occasion de précher une croisade qui se décomposera en deux phases.

Le premier bras de fer oppose Simon de Montfort (chef des croisés) au comte de Toulouse Raymond VI. Le conflit religieux devient rapidement un conflit politique, et même une conquête des terres du Midi par les seigneurs du nord. Il devient aussi, comme toujours, un bain de sang. Les languedociens font front ensemble, catholiques et cathares. Les croisés enlèvent dans un premier temps tout le Languedoc, mais après des révoltes et la mort de Simon de Montfort, Raymond VI et ses vassaux retrouvent leurs possessions. Les cathares sont toujours là.

Dans un second temps, le roi de France Louis VIII (puis sa femme Blanche de Castille pendant la minorité de Saint Louis), prendra les choses en main, face au nouveau comte de Toulouse Raymond VII. La « croisade royale » n'est en fait qu'une prise en main du Languedoc par les troupes royales.

Le conflit politique terminé, et les cathares ayant perdu leurs protecteurs, l'Inquisition parvient à abbatre l'héresie. Les dernières forteresses tenues par les cathares tombent les unes après les autres : Montségur, Puilaurens et Quéribus. Les Parfaits sont pourchassés jusqu'au dernier.

Pages liées  
lien vers une page de sites associés à cette page
lien vers une page de livres associés à cette page
lien vers une page de films associés à cette page
Le Catharisme : racines et doctrine
Haut de pagepas de paragraphe précédentAvant la Croisade
Archevêque orthodoxe

L'origine du catharisme est orientale. Il apparaît au début du XIième siècle et se propage en Europe. Le terme "cathare" vient du grec kaqaroV qui signifie « pur ». Il va se développer pendant deux siècles.

 1000 : Leif Erikson, fils d'Eric le Rouge, découvre l'Amérique du Nord qu'il baptise Vinland (pays de la vigne).
 1054 : Grand Schisme : le Pape et le Patriarche de Constantinople s'excommunient mutuellement. Séparation des Eglises latine (catholique romaine) et grecque (orthodoxe).
 14 octobre 1066 : Bataille de Hastings : Guillaume le conquérant prend le contrôle de l'Angleterre.
 27 novembre 1095 : Le pape Urbain II prêche la Croisade à Clermont Ferrand.
 15 juillet 1099 : Prise de Jérusalem par les croisés. Le pillage et le massacre de la population durent trois jours.
Urbain II

La doctrine cathare (je ne suis pas du tout spécialiste, je me contenterai timidement de quelques généralités) part du christianisme. Elle dérive du bogomilisme bulgare. Elle développe une vision très manichéenne de l'univers : le Bien contre le Mal, Dieu contre Satan. L'homme serait ainsi un esprit (bon) enfermé dans de la matière (mauvaise). Ils rejetent le dogme de l'eglise catholique de la nature divine du Christ, croient en la réincarnation et prônent le détachement le plus complet du monde.

Une hierarchie existe entre les prêtres (les « Parfaits ») qui doivent mener une vie exemplaire, et les simples fidèles (les « Croyants »). Le seul sacrement reconnu par les cathares est le consolamentum, qui fait à la fois office d'ordination des Parfaits et d'extrême onction pour les Croyants. Ils rejetent tous les autres sacrements de l'église catholique, y compris le mariage.

Avant la Croisade
Haut de pageLe Catharisme : racines et doctrineLe temps des missionnaires
Le temps des missionnaires
Haut de pageAvant la CroisadeLa tension monte

Les doctrines cathares et catholiques s'opposent sur de nombreux points. Les cathares rejetent energiquement les dogmes de l'eglise catholique qu'ils qualifient d'Eglise de Satan. L'Eglise, quant à elle, voit son autorité sapée dans le Midi (il faut dire que la vie exemplaire des Parfaits paraît bien édifiante au regard des relâchements du clergé catholique en ce milieu de Moyen Age), et voit donc dans le catharisme une menace mortelle.

Malgrè les efforts de l'Eglise catholique, le catharisme se développe librement en Lombardie et dans le Languedoc. Des missionaires y sont donc envoyés pour prêcher, mais echouent.

 27 juillet 1149 : Débâcle devant Damas de l'expédition de Louis VII et de l'Empereur (du Saint Empire) Conrad.
 1150 : Arrivée de Saint Bernard dans la pays albigeois pour convertir les Cathares.
 1167 : Concile cathare de Saint-Félix-Lauragais.
Louis VII - Reproduction de sceau utilisée avec l'aimable autorisation du site Sigillum

L'Eglise Cathare est dirigée par quatre évêques (Albi, Agen, Toulouse et Carcassonne). La primauté va à l'évêque d'Albi, d'où le nom d'Albigeois donné aux cathares du Languedoc.

La tension monte
Haut de pageLe temps des missionnairesLa première croisade
Saladin le grand - Photo utilisée avec l'aimable autorisation de E. Augé

Devant l'echec des missionaires, l'Eglise décide de devenir plus pressante.

 5 mars au 19 mars 1179 : IIIième concile de Latran : l'Eglise envisage de recourir « au bras séculier » à l'encontre des cathares, c'est-à-dire à la force.
 4 juillet 1187 : Saladin le Grand écrase les armées franques à Hittin (près du lac de Tibériade).
 2 octobre 1187 : Saladin reconquiert Jerusalem. Il ne reste plus des Etats Francs de Terre Sainte que Antioche, Tripoli et Tyr.
 1204 : Le Pape Innocent III envoie 3 légats prêcher contre les Albigeois.
 12 avril 1204 : Constantinople est prise d'assaut par les croisés.
 2 mai 1207 : Le comte de Toulouse Raymond VI est excommunié car il continue à protéger les Cathares.

La cohésion entre les seigneurs du Midi, mise en évidence par leur soutien unanime aux Cathares, laisse craindre une sécession politique et religieuse du Midi. Il ne manque plus qu'une étincelle pour mettre le feu aux poudres.

La première croisade
Haut de pageLa tension monteL'étincelle
L'étincelle
Haut de pageLa première croisadeBéziers, ville martyre
 15 janvier 1208 : Assassinat de Pierre de Castelnau, légat du Pape, par un écuyer du comte de Toulouse Raymond VI. Pretexte de la croisade contre les Albigeois.

Le pape Innocent III saisit l'occasion d'abbatre l'hérésie et prêche la croisade contre les Albigeois.

 10 mars 1208 : Le Pape Innocent III prêche la croisade contre les Albigeois.

Philippe Auguste est prié de prendre la tête de la croisade, mais refuse (au demeurant, il a déjà suffisament à faire avec Jean sans Terre). Elle sera dirigée par le légat du pape Arnaud Amaury et le baron Simon de Montfort.

Eglise de Saint Gilles

Pour sauver son pouvoir et echapper à l'excommunication, Raymond VI fait sa soumission et s'humilie publiquement à Saint Gilles.

 18 juin 1209 : Raymond VI de Toulouse se réconcilie avec l'Eglise.

Pour ne plus être inquiété, il va même jusqu'à se croiser.

Le vicomte de Béziers, Raymond-Roger Trancavel (neveu de Raymond VI) se retrouve attaqué par l'armée croisée. Il tente de parlementer mais est éconduit. L'armée croisée se dirige vers Béziers. Raymond-Roger y accoure, donne les ordres pour la mettre en défense, et part pour Carcassone lever une armée de secours.

Béziers, ville martyre
Haut de pageL'étincelleLa conquête

L'armée croisée vient mettre le siège devant Béziers. Le temps travaille contre elle : la ville est tout à fait capable de soutenir un long siège et, les soldats de l'armée croisée étant soumis au système féodal du service de 40 jours (au delà desquels ils sont déliés de toute obligation et peuvent rentrer chez eux), l'armée croisée est menacée de désintégration (et la croisade de fiasco) si la ville ne tombe pas rapidement.

Une ambassade, dirigée par l'évêque de Béziers, est envoyée par les croisés aux assiégés. Les croisés exigent que leur soient livrés 222 cathares de la ville, après quoi Bézier n'aurait plus rien à craindre. Les consuls refusent, d'accord avec la population. L'évêque offre alors aux « croyants sincères » de quitter la ville avec lui. La plupart, y compris des prêtres catholiques, refusent. Les habitants de Béziers font front face à ce qu'ils ont bien identifié comme une armée d'invasion venue du nord. De plus, les chances des croisés de prendre la ville sont insignifiantes...

Béziers - Photo utilisée avec l'aimable autorisation de D. Martin

Tellement insignifiantes que des Bitterois ne résistent pas à l'envie de sortir narguer les croisés. Ils taillent en pièces un croisé isolé. Imprudemment exposés, ils font une echauffourée avec quelques valets d'armes croisés. Soudain conscients de leur imprudence, les Bitterois refluent vers les portes grandes ouvertes de la ville... les croisés sur les talons ! Tout ce beau monde s'engouffre par la porte.

Le drame est joué ! Les croisés tiennent une porte et pénètrent dans la ville. Le carnage va durer toute la journée. Toute la population sera massacrée, et la ville brûlée.

 22 juillet 1209 : Prise de Béziers par les Croisés. Massacre de la totalité de la population, cathares et catholiques confondus.

La tradition veut que, alors qu'on lui demandait s'il fallait distinguer les catholiques des cathares, le légat du Pape aie répondu « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». La véracité de l'anecdote est très controversée, mais réelle ou pas, elle résume bien l'état d'esprit de l'homme qui écrira au Pape :

"Les nôtres n'epargnant ni le rang, ni le sexe, ni l'âge, ont fait périr par l'épée environ 20.000 personnes et, après un énorme massacre des ennemis, toute la cité a été pillée et brûlée. La vengeance divine a fait merveille".
La conquête
Haut de pageBéziers, ville martyreLa libération
Conquête du Languedoc
Hauts lieux de la conquête du Languedoc

La tragédie de Béziers a terrorisé le Languedoc. Pour profiter au maximum de cet effet psychologique, les croisés annoncent que toutes les places qui oseront resister subiront le même sort que Béziers. Aussitôt villes et forteresses font leur soumission.

Les croisés ne rencontreront plus de résistance avant Carcassonne.

 1er août 1209 : Les croisés mettent le siège devant Carcassonne.

La ville cedera par manque d'eau. Raymond-Roger Trancavel négocie la vie sauve pour toute la population qui doit quitter la ville en y abandonnant tout ses biens. Le vicomte sera le seul emprisonné. Il est jeté dans un cul de basse fosse où il mourra, et Simon de Montfort prend ses titres.

Site de Minerve - Photo utilisée avec l'aimable autorisation de D. Martin

L'année suivante, les principales forteresses cathares tombent aux mains de Simon de Montfort.

 25 juillet 1210 : Réddition de Minerve.
 août 1210 : Prise de Termes.
Château de Termes
 1210 : Prise de Puivert.

Raymond VI lui-même est attaqué. Il est battu à Castelnaudary.

 17 avril 1211 : Le comte de Toulouse Raymond VI est excommunié par le pape Innocent III.
 septembre 1211 : Bataille de Castelnaudary : Victoire de Simon de Montfort sur Raymond VI.
Château de Puivert - Photo utilisée avec l'aimable autorisation de D. Martin

Toujours menacé, Raymond VI s'allie avec le roi Pierre II d'Aragon.

 27 janvier 1213 : Raymond VI et son fils placent le comté de Toulouse sous la protection de Pierre II d'Aragon.

Mais les deux alliés sont battus par Simon de Montfort et le roi d'Aragon meurt sur le champ de bataille.

 12 septembre 1213 : Bataille de Muret : Raymond VI et Pierre II d'Aragon sont battus par Simon de Montfort.
Jean sans terre - Reproduction de sceau utilisée avec l'aimable autorisation du site Sigillum
 2 juillet 1214 : Bataille de La Roche-aux-Moines. Le prince Louis défait le roi Jean sans Terre.
 27 juillet 1214 : Bataille de Bouvines. La France est victorieuse de l'Angleterre, de l'Empire et des Flandres.
 1215 : Prise de Pékin par les Mongols.

Philippe Auguste refuse toujours de s'impliquer dans la croisade contre les Albigeois. Néanmoins, il laisse le prince Louis (futur Louis VIII) mener une première intervention, qui relève plus de la promenade, et investit officiellement Simon de Montfort des territoires conquis (que l'Eglise avait déjà attribué à Montfort par le concile du Latran) : comté de Toulouse, duché de Narbonne, vicomté de Béziers, etc...

Philippe Auguste - Reproduction de sceau utilisée avec l'aimable autorisation du site Sigillum
 1214 : Croisade du prince Louis.
 11 novembre au 30 novembre 1215 : IVième concile de Latran : l'Eglise investit Simon de Montfort des fiefs conquis lors de la Croisade contre les Albigeois.
 10 avril 1216 : Philippe Auguste investit Simon de Montfort des fiefs conquis lors de la Croisade contre les Albigeois.

Le véritable but de ces deux manoeuvre était de rappeler que les terres du comté de Toulouse sont françaises (le comte de Toulouse est pair de France), et que leur maître de fait (Simon de Montfort) doit les tenir juridiquement du roi de France, et pas de l'Eglise.

La libération
Haut de pageLa conquêteBeaucaire
Haut de pageLa libérationToulouse

Raymond VII (fils de Raymond VI, le second ayant abdiqué de ses titres en faveur du premier) n'entend pas se laisser déposséder de son héritage. Il se lance dans une guerre de reconquête. Il est aidé en cela par l'hostilité générale que Simon de Montfort a dressé contre lui-même.

Accueillis à Marseille dans une joie délirante, le père et le fils (Raymond VI et Raymond VII) virent confirmé à Avignon que leurs possession de Provence leur restaient fidèles.

Château de Beaucaire

Une armée fut rapidement mise sur pied. Menée par Raymond VII, elle va mettre le siège devant le château de Beaucaire. Simon de Montfort accourt avec une armée de secours, mais il ne peut briser le siège du château. Lorsqu'il apprend que Raymond VI s'apprête à envahir le Languedoc avec des mercenaires aragonais, il doit abandonner la place.

 24 août 1216 : Raymond VIIest maître du château de Beaucaire.

Pour la première fois, les croisés ont du abandonner la partie !

Haut de pageBeaucaireLa seconde expédition du prince Louis

Les Toulousains s'étaient soulevés avant l'arrivée de Raymond VI. Mal leur en prit car c'est Simon de Montfort qui se présenta le premier. La répression fut terrible : déportation d'une partie de la population, pillage, impôt écrasant...

 juin 1217 : Simon de Montfort tente d'envahir la Provence.

Cette expédition ne lui apporte que des soumissions temporaires, Raymond VII refusant habilement l'affrontement direct. Simon doit faire demi-tour en catastrophe quand il apprend que Raymond VI a libéré Toulouse, et que sa femme s'y trouve assiégée dans le Château-Narbonnais !

 14 septembre 1217 : Raymond VI prend le contrôle de Toulouse.
 octobre 1217 : Simon Montfort arrive devant Toulouse révoltée et tenue par Raymond VI.

La ville tient durant tout l'hiver et le printemps. Les renforts croisés reçus par Simon de Montfort en mai 1218 ne lui permettent pas de l'emporter. Ces renforts ne comportent aucun contingent royal, Philippe Auguste ayant de nouveau repoussé les injonctions du Pape. L'inefficacité du blocus permit à Raymond VII de rentrer sans encombres dans Toulouse assiégée, où il fut accueilli par la population en liesse. Simon de Montfort redouble d'effort, mais est tué au cours du siège.

 25 juin 1218 : Mort de Simon de Montfort devant Toulouse révoltée. Raymond VI de Toulouse récupère ses terres.

Son fils Amaury lui succède, mais doit abandonner le siège au bout de quelques jours. Toulouse est victorieuse.

La seconde expédition du prince Louis
Haut de pageToulouseLa victoire

Dès lors, c'est la course à la reconnaissance par les vassaux pour les deux jeunes prétendants au titre de comte de Toulouse (Raymond VII et Amaury de Montfort). La quasi totalité du Languedoc et de la Provence se range derrière Raymond VII, Amaury ne s'assurant guère que de l'Albigeois.

Le Pape se démène et réussit enfin à faire bouger Philippe Auguste. Ce dernier envoit une armée commandée par le prince Louis (futur Louis VIII) pour soutenir Amaury de Montfort.

 2 ou 3 juin 1219 : L'armée royale arrive devant Marmande.

La ville est rapidement enlevée, mais l'armée royale se livre à un massacre comparable à celui de Béziers : 5000 personnes sont exterminées sans aucune pitié ni aucun discernement. Sans forcément l'avoir ordonné, le prince Louis a au moins laissé faire, ce qui tranche avec la tradition capétienne qui n'a jamais été de perpetrer le génocide (Philippe Auguste lui même ne s'est-il pas distingué 5 ans plus tôt des usages du temps en laissant la vie sauve aux traitres capturés à Bouvines?). Ce crime est sans excuse.

Au lieu de les terroriser, cette atrocité renforce la determination des Toulousains. Si le fils du roi (suzerain du comté) vient prêter main forte au fils du tyran, eh bien on se battra contre le fils du roi.

 17 juin 1219 : L'armée du prince Louis est devant Toulouse.

Le prince Louis s'était imaginé que les Toulousains trembleraient devant la bannière fleurdelisée, il en était pour ses frais. Malgrès une armée plus nombreuse et mieux organisée que celle de Simon de Montfort (permettant en particulier un vrai encerclement), les assauts sont vains : les Toulousains se battent avec l'energie du desespoir.

Ecoeuré, le prince Louis prend le pretexte de la fin de la quarantaine (de jours de service selon le droit féodal) pour lever le siège.

 1er août 1219 : L'armée royale lève le siège. Toulouse a résisté une fois de plus.
La victoire
Haut de pageLa seconde expédition du prince LouisLa Croisade Royale
Vue de la porte d'Aude de Carcassonne

La reprise en main de la totalité des terres autrefois possédées par son père n'est plus pour Raymond VII qu'une promenade triomphale. De victoire en victoire, il redevient le maître du comté de Toulouse et de tout le Languedoc. Amaury de Montfort ne sortait plus de Carcassonne.

Les deux prétendants en appellent à l'arbitrage de Philippe Auguste : Amaury pour offrir ses droits au roi (à charge pour ce dernier de faire la reconquête de ces terres, quel cadeau !), Raymond VII pour prêter allégeance au roi (et donc oublier la dernière croisade du prince Louis...). Philippe Auguste ne tranche pas (du reste, il est malade et s'éteindra bientôt), ne voulant ni s'engager dans une couteuse expédition, ni se mettre en conflit avec le Pape qui voit toujours Raymond VII comme un hérétique.

 16 juin 1222 : Raymond VII fait acte d'allégeance à Philippe Auguste.
 2 août 1222 : Mort du comte de Toulouse Raymond VI.
 21 septembre 1222 : Avenement de Raymond VII comme seul comte de Toulouse.
 14 juillet 1223 : Mort de Philippe Auguste à Mantes. Avenement de Louis VIII.

Acculé, Amaury de Montfort doit partir. Il obtient un accord qui lui permet de sauver la face, mais il doit concretement abandonner ses possessions.

 14 janvier 1224 : Accord de Carcassonne entre Amaury de Montfort et Raymond VII.
 15 janvier 1224 : Amaury de Montfort quitte le Languedoc.
La Croisade Royale
Haut de pageLa victoireUn Catharisme toujours vivant
Un Catharisme toujours vivant
Haut de pageLa Croisade RoyaleLe temps des diplomates

Malgrè la Croisade de Simon de Monfort et Arnaud Amaury, le Catharisme est toujours bien vivant dans le comté de Toulouse. Il ne l'a même jamais autant été : touchant auparavant les élites, il fait maintenant des adeptes dans toutes les couches de la population et s'implante dans la paysannerie. La Croisade est un échec !

Le temps des diplomates
Haut de pageUn Catharisme toujours vivantRaymond VII abandonné
 fevrier 1224 : Amaury de Montfort donne les droits sur les fiefs de son père à la couronne.

On assiste dès lors à un véritable marchandage diplomatique entre Raymond VII (qui souhaite le pardon de l'Eglise, condition sine qua non de sa réhabilitation officielle), Louis VIII (qui souhaite mener la conquête du Languedoc maintenant qu'il a acquis les droits de l'englober dans le domaine royal) et le Pape Honorius III (qui craint autant un comte ami des hérétiques qu'un roi de France de plus en plus puissant).

Louis VIII fixe dans un premier temps des exigences tellement exorbitantes à son départ en Croisade en Languedoc que le Pape joue la carte du comte de Toulouse.

 25 août 1224 : L'archevêque de Narbonne reçoit au nom du Pape à Montpellier les serments de réconciliation de Raymond VII, du comte de Foix et du vicomte Trencavel.

Louis VIII s'alarme alors de la tournure des choses : le roi capétien ne peut laisser le Pape disposer et distribuer les terres du royaume de France. Devant le refus du Pape d'accéder à ses exigences (pour la croisade), il avait tacitement accepté que Raymond VII soit comte de Toulouse en tenant sa terre du roi... mais de ce qu'il la tienne du Saint Siège, il n'est absolument pas question !

Louis VIII - Reproduction de sceau utilisée avec l'aimable autorisation du site Sigillum

Les ambassadeurs de Louis VIII et de Raymond VII rivalisent d'habileté à la cour pontificale. Le Pape diffère une réponse difficile à donner. La question albigeoise est confiée à un concile.

 29 novembre 1225 : Concile de Bourges : jugement de Raymond VII.

L'excommunication du comte de Toulouse est confirmée.

 janvier 1226 : Raymond VII est réexcommunié et déchu par le cardinal Saint-Ange.

Raymond VII est déchu de tout ses titres (y compris de ses titres de Provence, même le concile de Latran n'avait pas été si dur !) et privilèges. Amaury de Montfort reçoit quant à lui quelques compensations, tandis que l'intégralité des terres va au roi de France, à charge pour lui de les conquérir sous le couvert de la croix.

 30 janvier 1226 : Le roi Louis VIII se croise.

On s'entête alors encore à nommer croisade ce qui n'était plus que conquête.

Raymond VII abandonné
Haut de pageLe temps des diplomatesAvignon
 28 mai 1226 : L'armée royale est à Lyon.

Les offres de soumissions des villes et forteresses affluent. Un même mouvement que celui qui jadis avait porté toutes les allégences à Raymond VII se porte cette fois vers le roi Louis VIII.

Cet abandon général n'a rien avoir avec une quelconque attitude tyrannique que Raymond VII n'a jamais eu (alors que les persécussions de Simon de Montfort avaient entraîné les defections). Les raisons de cet abandon général sont complexes et emmelées, mais on peut se risquer à en dégager quatre principales :

  • L'armée qui s'avance pour la conquête du Languedoc n'est pas l'armée disparate et hétéroclite de 1209. C'est l'armée royale de France, c'est à dire une machine à combattre organisée (tant pour l'aspect commandement que pour l'intendance) et efficacement commandée. Les chances de Raymond VII sont nulles. On abandonne son parti car il n'a militairement aucune chance.
  • Le chef de cette expédition est le roi de France. Le roi est sacré et oint, cela lui confère un prestige qui en impose à l'homme du XIIIième siècle. On s'est battu contre les faux-croisés de Simon de Monfort, on s'est battu contre le fils du roi de France, mais on tremble de se battre contre le roi lui-même, le lieutenant de Dieu pour la France... Et le fait que le roi actuel aie été le fils de roi (le boucher de Marmande) qu'on a combattu ne change rien à l'affaire pour l'homme du XIIIième siècle. On abandonne Raymond VII car son adversaire est le roi et qu'on n'ose pas se battre contre le roi.
  • Le roi vient prendre le contrôle direct du comté. Les languedociens savent comment fonctionne l'ordre capétien : il favorise les classes laborieuses au détriment de la haute féodalité (dans le but d'affaiblir cette dernière). Ceux qui ont quelque chose à perdre à passer sous la domination directe du roi de France, ce sont les grands seigneurs, pas les petits seigneurs et encore moins les villes.
  • Enfin et surtout, le Languedoc de 1226 n'est plus celui de 1208. Il est ruiné et épuisé. Il a subit une invasion, puis trouvé les forces d'une libération... Il n'a plus la force d'affronter une nouvelle conquête. On abandonne Raymond VII car on n'en peut plus de 17 ans de guerre !

Haut de pageRaymond VII abandonnéLa fin de la Croisade Royale

Avignon avait été parmi les tout premiers soutiens de la reconquête de 1216. Avignon cette fois envoie des députés au roi à Lyon pour lui offrir de passer le Rhône dans la ville.

Quand l'armée se présente, les Avignonais ont changé d'avis (sans doute redoutent ils un pillage). Ils ont construit un pont de bois pour permettre le passage promis, mais ils ont fermé leurs portes pour que ce passage ne se fasse pas dans la ville.

Pont d'Avignon

Louis VIII décide de matter ces rebelles à une armée croisée, ce qui n'est pas sans risque car Avignon n'est (à l'époque) pas française mais impériale. L'empereur Frédéric II de Hohenstaufen pourrait voir ce siège comme une aggression.

 10 juin 1226 : Louis VIII met le siège devant Avignon.

Le siège dura tout l'été, au cours duquel la vaillance des troupes royales resta en butte à l'héroïsme des Avignonais. Raymond VII à court de troupe ne pouvait organiser que des harcelements du ravitaillement de l'armée. La maladie s'installe chez les assiégeants, et fit bientôt plus de morts que les combats. Le 8 août un assaut général fut tenté mais repoussé. Le roi tenait de plus en plus difficilement ses grands vassaux, qui depuis le début répugnaient à aider de dépouiller l'un d'entre eux. Thibault de Champagne quitte l'armée une fois sa quarantaine effectuée. Le blocus s'intensifiant, la ville finit par céder.

 9 septembre 1226 : Louis VIII rentre dans Avignon.

Imposant à la ville des conditions financières et défensives (démantelement des fortifications), il lui épargne le sort qu'il avait jadis laissé subir à Marmande. Il n'y eut ni pillage ni massacre.

La fin de la Croisade Royale
Haut de pageAvignonBlanche de Castille
Cathédrale Sainte Cécile

Dès lors, la Croisade Royale n'est qu'une promenade militaire. Louis VIII prend possession sans problème de Béziers, Carcassonne, Castelnaudary, Puilaurens.

Retardé par le siège d'Avignon, et se sentant malade, il décide de regagner Paris et de différer la prise de Toulouse (qui restait seule fidèle à Raymond VII) à l'année suivante, s'assurant au passage de Rodez et Albi.

A Montpensier, la maladie redouble et il doit s'aliter pour ne plus se relever.

 8 novembre 1226 : Mort de Louis VIII à Montpensier (Auvergne). Avenement de Louis IX (Saint Louis). Régence de Blanche de Castille.

Le roi de France était maintenant un enfant de 12 ans, pour qui une reine mère originaire de Castille allait assurer la régence. C'est le scénario catastrophe que Philippe Auguste avait confié redouter sur son lit de mort.

Pour Raymond VII en revanche, c'était une aubaine inespérée. Il lui restait encore Limoux, le Razès et la fidèle Toulouse.

Haut de pageLa fin de la Croisade RoyaleLes débuts difficiles d'une régence
Les débuts difficiles d'une régence
Haut de pageBlanche de CastilleLe traité de Meaux

Les grands féodaux de France n'attendaient qu'un tel affaiblissement du pouvoir royal pour relever la tête et tenter de s'affranchir du pouvoir du roi. Le début de la régence de Blanche de Castille est donc très difficile car il lui faut lutter à plusieurs reprises contre les grands féodaux soutenus par le roi d'Angleterre.

Blanche de Castille - Reproduction de sceau utilisée avec l'aimable autorisation du site Sigillum

L'effort de guerre royal est donc gelé. Des troupes régulières (sous les ordres d'Humbert de Beaujeu) remplacent les croisés et sont entretenues pour tenir le pays conquis, mais aucun moyen permettant de poursuivre la campagne ne peut être libéré à ce moment. Raymond VII réussit à faire face avec ses faibles moyens.

 printemps 1228 : Saccage du Languedoc par les troupes royales.

Quand la situation politique dans le Nord se stabilise à nouveau, l'effort reprend, avec un saccage systématique des richesses du Languedoc, et en particulier de la région de Toulouse : à défaut de pouvoir le réduire militairement, on ruine le Languedoc économiquement !

La situation est bloquée : Raymond VII n'a aucune chance de récupérer ses anciens territoires et Blanche de Castille n'a pas les moyens de l'écraser complétement avant longtemps. On décide donc de traiter. Les pourparlers sont engagés pour aboutir à un traité de réconciliation.

Le traité de Meaux
Haut de pageLes débuts difficiles d'une régenceLa fin du Catharisme

Rarement traité fut aussi dur ! En fait de traité, il s'agit d'une capitulation de Raymond VII lui permettant juste de sauver une petite partie de ses droits, et surtout (mais n'est-ce pas le plus important?) d'arrêter enfin cette guerre qui dure depuis une vingtaine d'années !

 11 fevrier 1229 : Traité de Jaffa : Le sultan Al-Kamel livre Jérusalem, Nazareth et Bethléem à l'Empereur Frédéric II de Hohenstaufen.
 12 avril 1229 : Signature du traité de Meaux et réconciliation de Raymond VII avec l'Eglise.

Pour se réconcilier avec l'Eglise, Raymond VII doit s'humilier de la même façon que son père jadis à Saint Gilles, mais cette fois à Notre Dame de Paris.

Notre Dame de Paris - Photo utilisée avec l'aimable autorisation de R. Lung

Les conditions du traité se résument en :

  • Raymond VII promet de combattre par tous les moyens l'hérésie Cathare.
  • Le duché de Narbonne, le marquisat de Provence et ce qui sera plus tard le Languedoc sont annexés au domaine royal.
  • Raymond VII garde l'usufruit du reste (comté de Toulouse et quelques autres seigneuries - soit à peine la moitié de ses anciennes terres) jusqu'à sa mort.
  • Sa fille (Jeanne de Toulouse) est mariée à un frère du roi (Alphonse de Poitiers). C'est elle qui héritera des domaines que l'on laisse à son père.

La dernière clause sonne le glas de la domination de la lignée des Saint Gilles sur le comté de Toulouse. On ne sait pas encore que Jeanne et Alphonse n'auront pas de descendants, et que leur domaines allant alors à la Couronne, le domaine royal récupérera finalement aussi les terres laissées à Raymond VII.

Les Cathares ont perdu leur dernier protecteur. Le cardinal Saint Ange accompagne Raymond VII à Toulouse pour y créer une police ecclésiastique qui préfigure la future Inquisition.

La fin du Catharisme
Haut de pageLe traité de Meauxpas de paragraphe suivant

Malgrè le manque de zèle évident de Raymond VII, la répression du Catharisme s'installe peu à peu. L'Eglise et la régente se faisant pressants, le comte de Toulouse doit prendre des mesures.

 20 avril 1233 : Raymond VII publie une ordonnance contre les Cathares.
 20 avril 1233 : Le Pape Grégoire IX crée par lettre circulaire l'Inquisition (pour combattre l'hérésie en France).

Dès lors, c'est le règne de la terreur dans le Languedoc. Les protestations de Raymond VII auprès du Pape n'y changeront rien.

 1240 : Prise du château de Peyrepertuse.
Montségur - Photo utilisée avec l'aimable autorisation de D. Martin
 28 mai 1242 : Massacre d'Avignonet.

Pierre-Roger de Mirepoix (gouverneur du château de Montségur) lance une expédition punitive contre les inquisiteurs d'Avignonet, qui se solde par le massacre des inquisiteurs. Aussitôt, les croisés viennent mettre le siège devant Montségur qu'ils enlèvent au terme d'un siège très dur de 10 mois.

 16 mars 1244 : Reddition de Montségur. Plus de 200 cathares sont brûlés pour n'avoir pas voulu se convertir.
 23 août 1244 : Les croisés perdent définitivement Jerusalem.

La garnison de Montségur a la vie sauve, mais 215 Cathares qui ont refusé de renier leur foi périssent dans les flammes du bûcher.

C'est la fin de toute résistance organisée. Les dernières forteresses tombent les unes après les autres, tel Puilaurens quelques temps plus tard et pour finir le château de Quéribus.

 23 novembre 1248 : Prise de Séville aux musulmans par Ferdinand III, roi de Castille et de Léon. Il ne reste plus aux musulmans que le royaume de Grenade, qui paie tribut.
 1248 à 1250 : Invasion de l'Egypte par Saint Louis qui est vaincu et capturé.
 mai 1255 : Reddition du château de Quéribus.
Saint Louis - Reproduction de sceau utilisée avec l'aimable autorisation du site Sigillum
 1321 : Le dernier Parfait cathare, Guilhem Bélibaste, est brûlé au château de Villerouge-Termenès.
Haut de Page
  Plan  |  Nouveautés  |  Index  |  Ressources  |  Contacts  |  Remerciements  |  Avertissement  |  Droits  |  Légendes  

© 2000-2013 : N. HIS - Site HIStoire  [ Dernière mise à jour : 25 fevrier 2013 ]